[Pavillon Noir]Les Cinq Soleils

Extrait du livre de bord de l’Espadon, écriture de Francis “Précieux” de Vercourt.

21 juillet 1718, Basse-terre, Isle de la Tortue

Le Conseil de l’Espadon a reçu le capitaine qui ne se veut point présenter, avec sa délégation. C’est un homme de petite stature, mais trapu et musculeux, et de tempérament farouche. Nous lui avons raconté notre révolte et nos malheurs avec Charles Vane, qu’il prétend être de ses amis. Il nous a confié que Monsieur de Chateaumorand, gouverneur résidant à Basse-Terre, était en affaire avec Vane. Il nous a par ailleurs mis en garde contre les dangers de l’indiscipline, illustrant son propos par le cas du capitaine Cosme de Lazerna, marronné proche d’Anguilla, par son équipage. Lui-même est fort enhardi contre les Espagnols ; il planifie d’ailleurs une expédition contre l’important port de Porto Bello.

Après son départ, avons pris la décision d’envoyer deux équipes de peu d’hommes dans l’île. L’une cherchera le repère de Vane, cependant que l’autre s’en ira à Basse-Terre pour observer et négocier si cela se peut faire.

Ce jour, Ange, Cazauban, La Trique, La Crevette, et Mademoiselle Gauthier partent pour Basse-Terre.

22 juillet 1718
Saint-Marc, Bichon, Colin, N’Serengi et quatre autres compagnons m’accompagnent. Nous partons avec un guide qu’emploie ordinairement Vane lors de ses passages à Cayonne, pour le conduire par la forêt par des chemins différents en chaque occasion. Le guide, un sac-à-vin de peu de foi, habitué du Requin blanc prétend que Vane le laisse toujours en un même lieu, pour gagner son repère – à peu de distance de là – avec ses complices.
*
24 juillet 1718, côte ouest de l’isle de la Tortue, repère de Charles Vane*
Arrivons, peu après midi, sur l’autre côte de l’isle de la Tortue. Laquelle est fort abrupte, et toute en falaises. Quelque sentier de chèvre permet d’atteindre une chaloupe en contrebas, sans doute pour gagner deux petits îlots rocailleux mangés par la végétation et ces latitudes, et battus par les vagues. De nombreux requins tournent dans ce passage.

Bichon & N’Serengi, ayant franchi le bras de mer à l’aide de la chaloupe, se retrouvent surpris par des hommes de Vane, qui montaient la garde dans une grotte. Icelle avait de nombreux accès, on s’en rendra compte, dont l’un obstrué par un gros rocher. L’ennemi avait entendu l’alerte donnée par l’un des leurs, celui-là qui avait laissé la chaloupe au pied de la falaise, pour quelque besogne. Nous fismes ce larron là prisonnier, tandis que Bichon et N’Serengi réduisaient au silence ceux qui étaient sorti de la grotte pour savoir ce qu’il en advenait. Ils en tuèrent trois, blessant un quatrième, avant qu’un cinquième – muché dans la grotte avec force mousquets – ne parvint à prendre la fuite, par quelque passage sous-marin. Ils n’échappa aux requins que pour mieux se livrer à notre merci.
N’Serengi et Bichon s’en revinrent avec leur prisonnier, ce qui nous en fit trois. Nous les précipitames mesmement de la falaise, exposant les cadavres de leur compagnons, pour revanche de la traitrise que nous avoit fait Charles Vane.
C’est donc sans scrupule que nous visitâmes sa cache, qui contenait mille bien précieux.
Pour ce que nous le tenons pour un traitre à la cause – car comment peut-on appeler celui qui sciemment canonne des mutins, tuant et blessant de braves marins libérés, brûle le navire qui était sous leur protection, expose tout un équipage à la revanche des bourgeois et à la vindicte des Espagnols sur un navire au mat brisé ? – nous lui primes ce qui nous faisait défaut : pavillons, instruments de mesure et cartes, armes de bonne facture, ainsi que le parchemin de Monsieur Gauthier dont nous ne savons s’il est mort ou vif, Nous emportons aussi orfèvrerie et bijoux des indiens aztèques, lesquels, pour ce que je sais de la lecture de frère dominicains, sont objets de leurs cultes : disque en or frappé du lapin bleu (lequel signifie à la fois [[huitzilopochtli[Huitzilopochtli]], dieu fondateur de Tenochtitlan, et Tezcatlipocla-bleu, créateur du monde), un pectoral gravé du cinquième soleil qu’entourent le lapin, la maison, le roseau et le serpent, et une épée de leur façon, en bois dur, mais à la lame non obsidienne mais de jade. Tous ces objets nous seront peut-être de quelque utilité pour percer le mystère des parchemins de Monsieur et Mademoiselle Gauthier.
Avons laissé sur place l’ancien livre de bord de Charles Vane, non sans déplacer le marque-page, qui est un mouchoir de facture espagnole, brodée au nom de d’H.Emmery.
Nous repartons pour Cayonne, laissant là deux volontaires pour guetter l’activité autour de la cache en attendant notre retour par mer.
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26 juillet 1718, Basse-terre*
Apercevons au large de Cayonne Le Pélican, goélette à hunier armée en guerre.

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RAlex

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