[Pavillon Noir]Les Cinq Soleils

Extraits du livre de bord de l’Espadon (juillet 1718) (5)

Le vingt-sept juillet mil sept-cent dix-huit, au large de Saint-Domingue

Le Pélican, goélette du capitaine Byrd, nous a surpris dans la rade de Cayonne, nous assenant une bordée meurtrière. Nous voulant mettre au plus vite hors de portée du diable de canonnier de ce navire, nous avons manœuvré pour aborder prestement le Pélican. Lequel navire de plus petite taille et de moindre équipage, se retrouva vite en mauvaise posture. Aussi avons-nous laissé la vie sauve au capitaine Byrdet ses derniers compagnons. Il nous a dit avoir agi sur l’ordre de Charles Vane, envers qui il avait une dette. Il nous mit en garde contre une frégate trois-mâts carré et un deux-ponts trois-mâts barques espagnols qui nous voulaient prendre. Nous dûmes prendre la fuite – une quinzaine de nos compagnons se portant volontaires pour aider à la manœuvre sur le Pélican -cependant que nous déposions à terre les blessés graves avec Monsieur de Saint-Marc, lequel nous manquera fort.

Contournant la Tortue, nous longeons Saint-Domingue.
*
Le vingt-neuf juillet mil sept-cent dix-huit, Isle de la Tortue, repère de Charles Vane*

Avons semé les Espagnols dans la nuit du 27 au 28. De retour à la Tortue, avons entrepris d’achever le transbordement de nos prises sur Vane, soit l’ensemble de ses coffres. Ce jour, Ange, La Trique, Cazauban, La Crevette et Églantine nous rejoignent avec un nouveau chirurgien, Baptiste Raynaud.

Le quartier-maistre procède à la répartition du butin en pièces de huit avant que de nous séparer du capitaine Byrd et de nos compagnons l’ayant rejoint.

Prenons la direction d’Anguilla, île des Antilles anglaises.

Le trois août mil sept-cent dix-huit, Anguilla

Après une escale à Port-Margaux en Saint-Domingue, pour déposer nos prisonniers, anciens marins et soldats de l’ Espadon.

Anguilla est un terre rocheuse et aride, toute en longueur. L’établissement anglais qui y est installée porte le même nom. La rade d’Anguilla est plus grande que celle de Cayonne, et n’abrite que quelques navires de pêche, et un sloop douanier qui nous vient contrôler.

Comme nous battons pavillon français et prétendons faire quelques échange, l’Anglais nous impose de méchantes conditions : nos vente seront taxées de moitié. La Crevette s’avère notre meilleur interprète. Ils ne se montrent toutefois point trop curieux, nous avertissant que la ville est soumise à un couvre-feu depuis qu’un pirate a fait plusieurs prises dans la région, avec grand renfort de cruautés.

A la taverne locale, le Sandy Lagoon, nous pouvons entendre que le mystérieux pirate laisse des victimes mutilées, sur des prises qu’il laisse à la dérive, comme autant de navires fantômes. Un vieil homme, qui se fait appeler le Vieux Ben, nous y a fait le récit du marronage de Cosme de Laserna. Il y a de cela un an et demi, le malheureux pirate a été ligoté par ses hommes à la barre de son navire, lequel fut envoyé par le fond. Cette félonie eut lieu à quelques encablures de Ginger Island, que les habitants d’Anguilla appellent plutôt d’Enfer Vert, pour ce qu’elle est couverte de forêt et peuplée d’Indiens Caraïbes. Il s’est proposé de nous guider jusqu’à l’endroit où repose Laserna. Par ailleurs, quelques membres de l’équipage de Laserna serviraient désormais sous le capitaine Howell Davis, récemment converti à la piraterie.

Notre entretien a été interrompu par une paire de garde, qui me voulait mener devant le gouverneur George Leonard. Icelui était fort courroucé contre ce même Howell Davis, qu’il pense être le coupable des exactions dont Anguilla est victime. Le dernier navire ayant quitté Anguilla pour Saint-Christophe, pour quérir le secours des HMS Lime et HMS Seaford, n’a point donné de nouvelles. Aussi le gouverneur nous propose une lettre de course et la promesse de trois-mille guinées pour la tête du pirate. Lesquelles feraient dans les neuf-mille pièces de huit. Le Conseil se doit réunir pour prendre une décision, pour ce qu’il ne serait point avisé de nous mettre en chasse d’un gentilhomme de fortune, dont nous n’avons point preuve des méfaits qui lui sont imputés, mais dont on dit qu’il a trois navires à sa main, dont un lourdement armé en guerre qu’il auroit pris aux Français.

Le quatre août mil sept-cent dix-huit, Anguilla,

Les réparations du navire devraient nous retenir jusqu’au 10 août.

La vente de 3 tonneaux de tabac, 10 tonneaux de sucre et 5 balles de coton nous rapporte 3075 pièces de huit, une fois déduite la taxe. Cet argent sera en bonne partie consacré à l’achat de pièces de bois, de médications pour le chirurgien, de munitions de guerre et de bouche.

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RAlex

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