[Pavillon Noir]Les Cinq Soleils

Lettre de Francis de Vercourt à Rémi de Saint-Marc

Partie de la plage de Black Rock le 13 août, la Malcontente fait escale à Saint-Christophe (17 août) puis à Cayonne (19 août). Lors de cette dernière escale, Francis de Vercourt raconte à Rémi de Saint-Marc, un ancien compagnon, les évènements des derniers jours. Ils conviennent d’un chiffre afin de crypter la correspondance qu’ils comptent échanger à l’avenir.

A Monsieur Rémi de Saint-Marc
Cayonne, Ile de la Tortue

Nous pouvons sans crainte utiliser pour quelques mois, et du moins jusqu’à notre prochaine rencontre, le chiffre convenu tantôt et que je tiens pour assez sûr. Je serais votre obligé si, comme je vous l’avais dit, vous pouviez garder en sûreté les écrits dont je vous ferai copie à l’avenir, et les secrets que je vous puis confier, pour l’affaire qui nous intéresse. Je vous remercie encore des bons soins que vous avez bien voulu porter à nos compagnons maintenant installés à la Tortue ; et dont une dizaine s’est trouvée si bien ragaillardie, qu’ils nous ont rejoint pour une nouvelle campagne. Hélas pour eux, notre seule aventure est, à cette heure, un long carénage de la Malcontente en la ville de Saint-Pierre de la Martinique.

Nous y avons jeté l’ancre deux jours après notre rencontre, le 21 août.
J’ai été fort intrigué lorsque l’on m’a assuré que l’île vivait sous la menace d’un volcan ; car ici tout n’est en apparence que champs de canne.

Le gouverneur, Monsieur de Hurault doit quelques faveurs à Monsieur Gauthier, ce qui nous a grandement facilité l’obtention d’une entrevue. Nous nous sommes présentés à lui comme des corsaires à qui Mademoiselle Gauthier devait la vie sauve, après l’attaque de Charles Vane contre la Dame Jeanne et l’ Espadon. A quoi Monsieur de Hurault n’a rien trouvé à redire, acceptant gracieusement le présent que nous lui avions réservé.
Il s’est ouvert à nous des difficultés que lui faisaient les planteurs de l’île. Lesquels se plaignent du grand nombre d’esclaves qui disparait dans la nature. Tous jalousent Monsieur de Rondfleur, qui semble épargné par cette hémorragie ; pour ce qu’il traiterait ses nègres avec trop de libéralité. D’aucun l’accuse de les laisser pratiquer la sorcellerie pour se les accommoder. Si bien que ledit Rondfleur assurerait maintenant le tiers de la production de canne de l’île. Les fuites d’esclaves sont un problème d’autant plus crucial, que le marché de St-Pierre semble bien pauvre en chair humaine ! Nous avons accepté de constituer une discrète délégation auprès de Monsieur de Rondfleur pour apaiser les tensions, et surtout pour savoir de quoi il retournait ; profitant en cela que la Malcontente devait, comme je vous le disais, être carénée. Aussi avons-nous six bons jours devant nous. En secret, nous trouvions là quelque prétexte pour approcher le propriétaire de cet Indien caraïbe dont je vous parlais.

Si la complainte du gouverneur ne nous avait point déjà émus, il y avait au sortir de sa maison, de quoi susciter notre curiosité ! Vous allez voir : une mousquetade nous crépité aux oreilles à quelques toises de sa porte, dans une rue qui nous menait tout droit vers le port. Aussitôt cinq nègres lâchent leurs mousquets pour nous tailler en pièces. De l’échauffourée qui s’en suit, je me tire miraculeusement sans une égratignure. Trois de nos agresseurs gisent sur le pavé, se faisant que l’un prend la fuite tandis que le dernier se rend pour être épargné. A cette heure, Ange, avec une impétuosité qui dépasse encore ce que je connaissais, court encore après le fuyard, pour ce que j’en sais !
Mais pour nous autres, point le temps de se remettre non plus ! Un prêtre au regard fou m’empoigne quelques instants par le col, me voulant mettre en garde contre je ne sais quelle chimère qu’il croit hanter la plantation de Rondfleur. Le malheureux, tout papiste, et même défroqué qu’il soit, est alors fauché aussi sec par une voiture folle que nous n’évitâmes nous autres que par une providence dont je loue notre créateur. Xabi est sûr que l’attelage de la carriole a volontairement été excité par quelque vicieuse et discrète blessure. Le moine a vite été reconnu : il s’agissait du révérend père François. Le misérable continuait à hanter le quartier depuis qu’il avait effectivement été mis à la porte de son monastère. J’ignore s’il s’agissait d’un charme protecteur ou d’une malédiction, que croyaient lui avoir infligé ceux-là même contre lesquels il me voulait mettre en garde, mais il portait sur lui une patte de poulet toute froide et fort répugnante.

J’allais oublié un autre fait étonnant. Sur le marché de St-Pierre, un Indien caraïbe vendait à un prix exorbitant des pièces d’artisanat aztèque ; une tenture, un quipu et un plateau. Je doute que nous puissions réunir la somme qu’il demande, mais je me suis empressé de lui dire de nous réserver ces objets, dont l’origine me parait douteuse. Il prétend que le personnage représenté sur la tenture serait le grand prêtre de Moctezuma, le dernier empereur aztèque.

J’ignore quand cette lettre vous parviendra, mais ne doute point de l’intérêt que vous y porterez. N’hésitez pas à m’écrire des nouvelles que vous pourriez avoir concernant Charles Vane, Byrd ou Davis. Votre très humble ami à vous servir.

Francis de Vercourt
Saint-Pierre de la Martinique, le 21 août 1718

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Livre de raison de la famille de Vercourt (3)

10 août 1718 – Anguilla

Étrange ironie, que celle qui me voit aujourd’hui doté de plus de bien que depuis tant de mois, et même d’années, mais totalement dépourvu du loisir d’en faire usage. Les colonies du Nouveau Monde manquent dramatiquement des commodités qui nous sont familières, et un navire de guerre plus encore, et ce même quand sa vie est régie par une chasse-partie.

Le gouverneur Leonard nous a remis une lettre de course pour la traque et la capture d’Howell Davis, ainsi qu’un pavillon anglais. J’ai bon espoir qu’ils nous soient un sauf-conduit suffisant contre la Royal Navy. Car je ne crois pas Howell Davis responsable des méfaits qu’on lui impute. Les premières prises qu’on lui connait remontent à peu de temps, tandis que les exactions du pirate sans nom courent maintenant depuis plusieurs mois. Je pense en revanche qu’il doit s’agir d’un homme de valeur, qui inspire à ses hommes respect et fidélité. Comment pourrait-il être déjà à la tête de trois navires autrement ? Cela nous le serons bientôt.
*
11 août 1718 – Ginger Island*

Le Vieux Ben nous a conduit à Ginger Island, jusqu’au lagon où git la dépouille de Cosme de Laserna, dans l’épave de son navire. Laserna a tout simplement été ligoté à la barre par son équipage, puis sa frégate coulée par l’escadre anglaise, cependant que ses hommes prenaient la fuite. Si l’eau est claire, les massifs de corail sont sillonnés de nombreux requins. Des coups de canon tirés régulièrement ont permis à quelques volontaires d’entreprendre une plongée dans l’épave. Ils en sont revenus avec pour seul butin une coiffe d’or et de jade, piquée de plumes magnifiques. J’ignore comment cet parure aztèque a été préservée de la corruption dans ces eaux, mais je pense que les plumes sont celles du quetzal, animal que vénère ces peuples. Le fait que ce butin n’ait point été emmené par les mutins indique certainement qu’il appartenait en propre à Laserna.

A peine avons-nous levé l’ancre pour quitter cet endroit, que je tombais en pâmoison. Du moins c’est ce qu’il a du se passer. Sous cette chaleur infernale, j’ai vu surgir de nulle-part une frégate qui était la sœur de celle de Laserna; jusque dans le mât brisé. L’équipage de ce navire diabolique était constitués de squelettes animés, qui sans cesse se relevaient malgré nos efforts. Lorsque le capitaine de ce navire spectral me passait sa rapière une nouvelle fois à travers le bras, je me réveillais soudain, la tête prête à exploser. Autour de moi, mes compagnons semblaient quitter un à un la même torpeur qui m’avait gagné sans que je m’en aperçoive.

Face à l’assemblée hébétée, j’ai du arguer face à notre bosco, Bichon, que ce n’était point là un mauvais présage, mais un signe du capitaine défunt. J’en étais quitte pour plonger moi-même dans l’épave, et prouver ainsi à tous que je croyais en mes optimistes théories. Lesté par un boulet, accompagné du brave Xabi, je me laissais engloutir par cette eau qui, pour être limpide, ne me causait pas moins grand effroi. Craignant d’avoir risque la noyade pour rien, je remontais le crâne de Laserna, pour donner à mes hommes quelque image à même de leur marquer l’esprit.

12 août 1718 – Saint-Christophe

Nous avons délaissé Basse-Terre, sur la côte Sud, pour accoster à l’opposé, sur la plage de Black Rock. Le vieux Ben nous a dit que cette surprenante étendue de sable noir était appelée par les Français le Sabot du diable. Ce à quoi je reconnais bien les tristes superstitions que peuvent engendrer ces paysages exotiques sur des esprits impressionnables. Cette ile de Saint-Christophe, bien que contestée par les nôtres, a été abandonnée aux Anglais en même temps que l’Acadie, après la paix d’Utrecht.

Ce n’est donc pas au gouverneur William Matthews Jr, mais à Howell Davis que nous avons demandé l’hospitalité. Je dois dire que le fait de hisser le pavillon noir, de chanter en chœur l’hymne de notre cause – quand bien même nous le devons aux Anglais – et d’échanger une salve pour nous saluer, m’a saisit le cœur d’émoi et de fierté. Les équipages d’Howell Davis, qui déjà montaient à l’assaut – qui dans un sloop, qui dans une frégate ou une flûte – nous accueillaient soudain à bras ouverts. Nous n’étions plus intrus, mais frères d’armes, ou c’est tout comme.

Notre délégation a averti Davis et ses seconds de la menace qui planait sur lui. Ce à quoi il n’a point voulu donner d’importance, car il comptait partir bientôt pour les côtes africaines, laissant aux acharnés tels que Teach, Vane ou le Pirate sans nom, le soin de poursuivre les traditionnelles attaques contre les escales de la Flotte au trésor espagnole. Howell Davis nous a autorisé à rencontrer deux Espagnols fraichement engagés par lui. Lesquels ont démenti avoir fait parti de l’équipage de Laserna. Le vieux Ben me traduisant l’insulte que me faisaient ces drôles, je souffletais le plus proche, le voulant provoquer. A quoi Davis a cru bon d’intercéder, demandant l’arbitrage de son conseil dans cet affaire.

C’est donc dans un duel dans les règles que j’expédiais mon contradicteur, son compagnon devenant alors plus prolixe. Ledit Antonio faisait bien parti des félons qui ont maronné Laserna d’horrible façon et en pleine bataille. Il a plaidé que ce dernier était fol et cruel, laissant mourir près de cent des siens contre les Caraïbes anthropophages de Ginger Island, à la seule fin de capturer un seul otage. Ceci lui permettant de cacher son butin sur cette îlot maudit, pour ce qu’il avait un des Indiens à sa main. Loin de rendre l’otage, qui s’appeloit Nanire, Laserna l’a revendu à un planteur de la Martinique dénommé Rondfleur. Antonio nous a également appris que l’expédition de Laserna au Mexique était vieille d’au moins dix ans, époque où le pirate servait encore fidèlement le roi d’Espagne.

Notre prochaine destination sera donc la Martinique, afin que de mettre toutes les chances de notre côté avant de nous enfoncer à notre tour dans Ginger Island. Davis nous a autorisé à emmener Antonio, que son Conseil a de toute façon maronné.

Je m’en retourne à terre pour profiter encore de la liesse de nos hommes.
*
13 août 1718 – Saint Christophe, lieu dit de Black Rock*

Je ne sais si c’est l’effet de l’esprit de fraternité que j’ai ressenti hier, ou bien la seule douceur du climat et du rhum, mais je me suis laissé aller pour la première fois depuis notre départ de Brest, au vice infâme de la boisson. Si le jeu et mon orgueil m’ont déjà coûté ma situation et la vie de ma pauvre sœur, le Seigneur me voudra encore punir en mettant en péril l’honneur de ma bien-aimée Églantine. Icelle envers qui je nourrissais jusqu’alors un tendre et chaste attachement, dormait à mon côté lorsque j’émergeais de mon sommeil crapuleux. Je prie le Ciel de n’avoir rien fait qui puisse ternir la réputation d’une créature si douce et pleine d’esprit. Si ma faute était avérée, je me devrais de la marier au plus vite. Et bien que ma tendresse pour elle n’en serait pas déçue, je crains de faire, par la même, le malheur d’une demoiselle qui pourrait espérer une bien meilleure situation.

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Extraits du livre de bord de l’Espadon (juillet 1718) (5)

Le vingt-sept juillet mil sept-cent dix-huit, au large de Saint-Domingue

Le Pélican, goélette du capitaine Byrd, nous a surpris dans la rade de Cayonne, nous assenant une bordée meurtrière. Nous voulant mettre au plus vite hors de portée du diable de canonnier de ce navire, nous avons manœuvré pour aborder prestement le Pélican. Lequel navire de plus petite taille et de moindre équipage, se retrouva vite en mauvaise posture. Aussi avons-nous laissé la vie sauve au capitaine Byrdet ses derniers compagnons. Il nous a dit avoir agi sur l’ordre de Charles Vane, envers qui il avait une dette. Il nous mit en garde contre une frégate trois-mâts carré et un deux-ponts trois-mâts barques espagnols qui nous voulaient prendre. Nous dûmes prendre la fuite – une quinzaine de nos compagnons se portant volontaires pour aider à la manœuvre sur le Pélican -cependant que nous déposions à terre les blessés graves avec Monsieur de Saint-Marc, lequel nous manquera fort.

Contournant la Tortue, nous longeons Saint-Domingue.
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Le vingt-neuf juillet mil sept-cent dix-huit, Isle de la Tortue, repère de Charles Vane*

Avons semé les Espagnols dans la nuit du 27 au 28. De retour à la Tortue, avons entrepris d’achever le transbordement de nos prises sur Vane, soit l’ensemble de ses coffres. Ce jour, Ange, La Trique, Cazauban, La Crevette et Églantine nous rejoignent avec un nouveau chirurgien, Baptiste Raynaud.

Le quartier-maistre procède à la répartition du butin en pièces de huit avant que de nous séparer du capitaine Byrd et de nos compagnons l’ayant rejoint.

Prenons la direction d’Anguilla, île des Antilles anglaises.

Le trois août mil sept-cent dix-huit, Anguilla

Après une escale à Port-Margaux en Saint-Domingue, pour déposer nos prisonniers, anciens marins et soldats de l’ Espadon.

Anguilla est un terre rocheuse et aride, toute en longueur. L’établissement anglais qui y est installée porte le même nom. La rade d’Anguilla est plus grande que celle de Cayonne, et n’abrite que quelques navires de pêche, et un sloop douanier qui nous vient contrôler.

Comme nous battons pavillon français et prétendons faire quelques échange, l’Anglais nous impose de méchantes conditions : nos vente seront taxées de moitié. La Crevette s’avère notre meilleur interprète. Ils ne se montrent toutefois point trop curieux, nous avertissant que la ville est soumise à un couvre-feu depuis qu’un pirate a fait plusieurs prises dans la région, avec grand renfort de cruautés.

A la taverne locale, le Sandy Lagoon, nous pouvons entendre que le mystérieux pirate laisse des victimes mutilées, sur des prises qu’il laisse à la dérive, comme autant de navires fantômes. Un vieil homme, qui se fait appeler le Vieux Ben, nous y a fait le récit du marronage de Cosme de Laserna. Il y a de cela un an et demi, le malheureux pirate a été ligoté par ses hommes à la barre de son navire, lequel fut envoyé par le fond. Cette félonie eut lieu à quelques encablures de Ginger Island, que les habitants d’Anguilla appellent plutôt d’Enfer Vert, pour ce qu’elle est couverte de forêt et peuplée d’Indiens Caraïbes. Il s’est proposé de nous guider jusqu’à l’endroit où repose Laserna. Par ailleurs, quelques membres de l’équipage de Laserna serviraient désormais sous le capitaine Howell Davis, récemment converti à la piraterie.

Notre entretien a été interrompu par une paire de garde, qui me voulait mener devant le gouverneur George Leonard. Icelui était fort courroucé contre ce même Howell Davis, qu’il pense être le coupable des exactions dont Anguilla est victime. Le dernier navire ayant quitté Anguilla pour Saint-Christophe, pour quérir le secours des HMS Lime et HMS Seaford, n’a point donné de nouvelles. Aussi le gouverneur nous propose une lettre de course et la promesse de trois-mille guinées pour la tête du pirate. Lesquelles feraient dans les neuf-mille pièces de huit. Le Conseil se doit réunir pour prendre une décision, pour ce qu’il ne serait point avisé de nous mettre en chasse d’un gentilhomme de fortune, dont nous n’avons point preuve des méfaits qui lui sont imputés, mais dont on dit qu’il a trois navires à sa main, dont un lourdement armé en guerre qu’il auroit pris aux Français.

Le quatre août mil sept-cent dix-huit, Anguilla,

Les réparations du navire devraient nous retenir jusqu’au 10 août.

La vente de 3 tonneaux de tabac, 10 tonneaux de sucre et 5 balles de coton nous rapporte 3075 pièces de huit, une fois déduite la taxe. Cet argent sera en bonne partie consacré à l’achat de pièces de bois, de médications pour le chirurgien, de munitions de guerre et de bouche.

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Extrait du livre de bord de l’Espadon, écriture de Jean-François “La Trique” Ringuier

Atteignons Basse-Terre le 24 juillet au matin. Nos affaires attendent le soir.
Les tavernes de Basse-Terre sont au nombre de trois, du méphitique “Rat qui pète” au Marin des Sables, en passant par le Chevalier du boucan.
Outre le Revenge de Vane, deux sloops français mouillent dans le port : La Félicité, et le peu inspiré et baroque Mort doré. Un navire de guerre espagnol, le Santa Monica, complète le tout.

Au Chevalier du boucan, je fais une annonce pour recruter un nouveau chirurgien, et offrir la boisson aux marins du Revenge. Deux hommes de Vane finissent par délaisser leur jeu, pour venir mettre en garde Ange : Vane le considère maintenant comme un traitre.
La pêche est moins âpre du côté du chirurgien. Baptiste Raynaud, médecin, de son état et se targuant d’une année d’expérience comme chirurgien dans la Royale, accepte de nous rejoindre moyennant une chance de se raviser à la première escale.

Au Rat-qui-pète, Ange espère rencontrer Calicot Jack, quartier-maître de Vane. Lequel est fort occuper à recruter pour son capitaine, en compagnie de Mark Read. Ange se mêle à la foule des volontaires, et peut ainsi faire face à son ancien compagnon. Après une brève entrevue, un bourgeois richement vêtu vient se plaindre à John Rackam de la présence d’une frégate et d’un deux-ponts espagnols. Ce à quoi Rackam rétorque que ces navires sont à la poursuite de mutins. Églantine m’a expliqué que le bourgeois qui se pouvait piquer de parler sur ce ton à Calicot Jack est Monsieur de Chateaumorand, le gouverneur.

Ange ayant été mis par deux fois en garde contre la colère de Vane, qui lui reproche le vol d’un parchemin, nous prenons la route de Cayonne, la nuit même et en toute hâte.

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Extrait du livre de bord de l’Espadon, écriture de Francis “Précieux” de Vercourt.

21 juillet 1718, Basse-terre, Isle de la Tortue

Le Conseil de l’Espadon a reçu le capitaine qui ne se veut point présenter, avec sa délégation. C’est un homme de petite stature, mais trapu et musculeux, et de tempérament farouche. Nous lui avons raconté notre révolte et nos malheurs avec Charles Vane, qu’il prétend être de ses amis. Il nous a confié que Monsieur de Chateaumorand, gouverneur résidant à Basse-Terre, était en affaire avec Vane. Il nous a par ailleurs mis en garde contre les dangers de l’indiscipline, illustrant son propos par le cas du capitaine Cosme de Lazerna, marronné proche d’Anguilla, par son équipage. Lui-même est fort enhardi contre les Espagnols ; il planifie d’ailleurs une expédition contre l’important port de Porto Bello.

Après son départ, avons pris la décision d’envoyer deux équipes de peu d’hommes dans l’île. L’une cherchera le repère de Vane, cependant que l’autre s’en ira à Basse-Terre pour observer et négocier si cela se peut faire.

Ce jour, Ange, Cazauban, La Trique, La Crevette, et Mademoiselle Gauthier partent pour Basse-Terre.

22 juillet 1718
Saint-Marc, Bichon, Colin, N’Serengi et quatre autres compagnons m’accompagnent. Nous partons avec un guide qu’emploie ordinairement Vane lors de ses passages à Cayonne, pour le conduire par la forêt par des chemins différents en chaque occasion. Le guide, un sac-à-vin de peu de foi, habitué du Requin blanc prétend que Vane le laisse toujours en un même lieu, pour gagner son repère – à peu de distance de là – avec ses complices.
*
24 juillet 1718, côte ouest de l’isle de la Tortue, repère de Charles Vane*
Arrivons, peu après midi, sur l’autre côte de l’isle de la Tortue. Laquelle est fort abrupte, et toute en falaises. Quelque sentier de chèvre permet d’atteindre une chaloupe en contrebas, sans doute pour gagner deux petits îlots rocailleux mangés par la végétation et ces latitudes, et battus par les vagues. De nombreux requins tournent dans ce passage.

Bichon & N’Serengi, ayant franchi le bras de mer à l’aide de la chaloupe, se retrouvent surpris par des hommes de Vane, qui montaient la garde dans une grotte. Icelle avait de nombreux accès, on s’en rendra compte, dont l’un obstrué par un gros rocher. L’ennemi avait entendu l’alerte donnée par l’un des leurs, celui-là qui avait laissé la chaloupe au pied de la falaise, pour quelque besogne. Nous fismes ce larron là prisonnier, tandis que Bichon et N’Serengi réduisaient au silence ceux qui étaient sorti de la grotte pour savoir ce qu’il en advenait. Ils en tuèrent trois, blessant un quatrième, avant qu’un cinquième – muché dans la grotte avec force mousquets – ne parvint à prendre la fuite, par quelque passage sous-marin. Ils n’échappa aux requins que pour mieux se livrer à notre merci.
N’Serengi et Bichon s’en revinrent avec leur prisonnier, ce qui nous en fit trois. Nous les précipitames mesmement de la falaise, exposant les cadavres de leur compagnons, pour revanche de la traitrise que nous avoit fait Charles Vane.
C’est donc sans scrupule que nous visitâmes sa cache, qui contenait mille bien précieux.
Pour ce que nous le tenons pour un traitre à la cause – car comment peut-on appeler celui qui sciemment canonne des mutins, tuant et blessant de braves marins libérés, brûle le navire qui était sous leur protection, expose tout un équipage à la revanche des bourgeois et à la vindicte des Espagnols sur un navire au mat brisé ? – nous lui primes ce qui nous faisait défaut : pavillons, instruments de mesure et cartes, armes de bonne facture, ainsi que le parchemin de Monsieur Gauthier dont nous ne savons s’il est mort ou vif, Nous emportons aussi orfèvrerie et bijoux des indiens aztèques, lesquels, pour ce que je sais de la lecture de frère dominicains, sont objets de leurs cultes : disque en or frappé du lapin bleu (lequel signifie à la fois [[huitzilopochtli[Huitzilopochtli]], dieu fondateur de Tenochtitlan, et Tezcatlipocla-bleu, créateur du monde), un pectoral gravé du cinquième soleil qu’entourent le lapin, la maison, le roseau et le serpent, et une épée de leur façon, en bois dur, mais à la lame non obsidienne mais de jade. Tous ces objets nous seront peut-être de quelque utilité pour percer le mystère des parchemins de Monsieur et Mademoiselle Gauthier.
Avons laissé sur place l’ancien livre de bord de Charles Vane, non sans déplacer le marque-page, qui est un mouchoir de facture espagnole, brodée au nom de d’H.Emmery.
Nous repartons pour Cayonne, laissant là deux volontaires pour guetter l’activité autour de la cache en attendant notre retour par mer.
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26 juillet 1718, Basse-terre*
Apercevons au large de Cayonne Le Pélican, goélette à hunier armée en guerre.

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Extraits du journal de bord de l’Espadon (juillet 1718) (2)

2o juillet 1718

Avons arraisonné une flûte battant pavillon anglais, The Shower. Elle avoit quitté Saint-Eustache, et voguait vers Amsterdam pour le compte de l’armateur Yann Hes. Avons pris l’ensemble des marchandises, épargnant l’équipage, qui avoit déjà été fort éprouvé par notre canonnade.

Avons approché Basse-Terre, sur l’Isle de la Tortue, au soir. Laquelle, bien que sous l’obédience du gouverneur espagnol de Saint-Domingue, seroit assez peu regardante sur la provenance des cargaisons qui s’y négocient. Le navire assurant les missions de douane est au mouillage. Du fort de La Roche, réputé inexpugnable par voie maritime, part un coup de semonce. Nostre quartier-maitre a reconnu l’un des hommes de Charles Vane sur le rempart de la place, de laquelle nous nous éloignâmes prestement.

Nous jetons l’ancre dans la nuit au lieu-dit Cayonne, tout près de quelques navires de pêche et d’un sloop, sans nom, ni pavillon, visiblement déserté de son équipage.

21 juillet 1718

Au petit matin, avons fait repérage à Cayonne. Apprenons que l’entrepôt à tabac est dirigé par Monsieur de Poincy, lequel a pour représentant Monsieur Crouet. Sommes accueillis par Monsieur Stormyweather, tenancier du Requin Blanc, taverne où est descendu l’équipage du sloop.

Le capitaine dudit sloop ne se veut point présenter, mais accepte une rencontre à notre bord, pour discuter d’une expédition au Mexique.

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Extrait du livre de raison de Francis de Vercourt (3)

Extrait du livre de raison de Francis de Vercourt

18 juillet 1718, Port Margot, Nord de l’isle de Saint-Domingue

Le sommeil me fuit tant la misère de l’âme rejoint la meurtrissure de la chair.
J’en profite pour faire la relation de plusieurs faits qui méritent mémoire.

Hier, nous avons eu un accrochage avec un fort parti d’une centaine d’Espagnols, lesquels poursuivoient une bande moitié moins nombreuses de boucaniers françois. L’une des bordées, étant à terre à l’approche du danger, a prêté la main aux boucaniers, contre promesse de la moitié de leur butin. Icelui estoit fort important, pour ce que les boucaniers venoient de piller ces mesmes Espagnols (environ 10.000 pieces de huit, une centaine de mousquets et une vingtaine d’armures constituent notre part)

Les aventuriers de l’Espadon et les boucaniers estoient suffisants pour prendre les Espagnols en tenailles. Mais bien que largement inférieurs en nombre, iceux se défendirent farouchement, confiant peut-être dans leurs canons et leurs cavaliers. Si bien que nous comptâmes 45 compagnons mis hors de combat, dont 10 boucaniers. Je fus moi-mesme fort malmené par l’un de ces fer-vestus, qui me mit à terre et me trancha dans la botte gauche par deux fois, m’emportant deux orteils. A quoi je m’estimerais heureux si la gangrène ne s’en mesle point.

Nous avions, du reste, une trentaine de prisonniers. Seuls 12 ont accepté de nous rejoindre, le reste, et c’est grand pitié, a esté branché près du village avant nostre appareillage.

Ces évènements ne me doivent point faire oublier d’autres faits dignes d’intérêts. Ainsi que ce roué d’Ange estoit au courant de la manoeuvre de Charles Vane, au moins en partie, et qu’il s’estoit engagé sur l’Espadon pour fomenter une mutinerie. Ce à quoi je l’ai aidé sans le savoir. Que la douce Églantine savoit que la Dame Jeanne voguait les cales vides ; que le manuscrit qu’elle a produit au Conseil se trouva dans les effets d’un voyageur de son hostellerie, qui avoit esté trucidé par un mystérieux spadassin. Que feu Monsieur de Sailly, de sinistre mémoire, avoit pour ordre de conduire la Dame Jeanne à Monsieur de Chateaumorand, gouverneur de Saint-Domingue. Or j’ignore pour l’heure où se trouve ce dernier, car l’isle me parait occupée par les Espagnols. Enfin, que Charles Vane aurait un repère sur l’Isle de la Tortue.

Nous sommes en route pour Cayonne, après un appareillage difficile.

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Extraits du journal de bord de l’Espadon (juillet 1718) (1)

*Notre pilote nous a conduit vers un mouillage de sa connaissance, pour la réparation du mat, qui avoit été abattu par la salve du navire de Charles Vane. Sur la rive nord de l’île de Saint-Domingue, cet établissement ne comporte que quelques cases sans murs, qui abritent une centaine de manouvriers de tous âges, fort occupés à leur travaux agricoles. Pour ce que j’en sais, il pourrait s’agit d’”engagés” comme on appelle ici ces nouveaux serfs. Le seul bâtiment en dur est une demeure secondaire du gouverneur. Il y a toutefois le matériel nécessaire pour remâter. Le maître charpentier prévoit dix jours de labeur. C’est également la durée de nos vivres selon le rapport du cambusier.
*
(…)

Après une première tentative fructueuse, bien qu’insuffisante, le gabier N’Serengi doit organiser chaque jour des battues dans les sous-bois environnant, afin que d’épargner le plus possible nos vivres.
Nous avons visité la demeure vacante du gouverneur, de laquelle on m’a dit qu’elle avoit été bâtie par Monsieur d’Ogeron. Lequel a esté, je crois, aventurier avant que d’être gouverneur de La Tortue et de Saint-Domingue. La bâtisse ne comporte rien de notable.

(…)

Sommes allés à la rencontre des habitants du village. Ne restoit que quelques vieillards, tous les autres ayant fui, pour ce qu’ils nous croyaient estre des flibustiers. Nous avons demandé à ces anciens s’ils nous pouvaient indiquer les meilleures façon de trouver des provisions de bouche sur cette isle, et mesme, s’il leur estoit possible de rappeler les fuyards en les rassurant sur nos intentions, de négocier directement avec la fourniture de vivres.

(…)

Craignant que les habitants n’aient appelé quelque renfort inopportun, avons posté une avant-garde à quelques heures du village, dans la direction approximative du port de Saint-Domingue.

(…)

Une canonnade se fait entendre depuis l’intérieur de l’isle et semble se rapprocher.

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Livre de raison de la famille de Vercourt (2)

Jarnac est bien plus roué que ce qu’il nous laisse à voir depuis notre rencontre. Il m’a confirmé connaître Combu, lequel prétendait que sa famille avait servi la sienne. Ce par quoi, simple matelot, il justifiait sa visite en direction du gaillard d’arrière. Je crois qu’Ange n’avait point tord de le soupçonner, car il pourrait bien être les yeux et les oreilles de l’équipage. La confiance que je plaçais en Jarnac s’en trouvé écornée, à l’heure même où j’ai eu la sottise de lui avouer nos projets, à fin que de l’enjoindre à être des notres. Ce à quoi il n’a point répondu, peut-être touché par la conviction que je mis dans mon propos. Je crus tout de même un moment qu’il m’allait faire mettre aux fers, ou me jeter en pâture à Sailly.
Icelui est rongé par la crainte de son propre équipage, si l’on en croit son journal de bord, auquel Cazauban a eu l’audace de jeter un œil en sa cabine.
Avant que de réunir une dernière fois les membres d’équipage pour les entretenir de notre principal but, je me suis entretenu tour à tour avec La Crevette et Églantine.
Le premier est un homme fort aimable, et passionné par son métier, qu’il apprit, comme moi le miens, dans la ville de Brest. Une après-midi durant, nous échangeâmes quelques souvenirs de nos vertes années d’aspirants.
La seconde, qui ne manque point de cran, s’est dite prête à prendre la parole devant l’équipage pendant la réunion. Sans doute craint-elle de perdre la main sur cette histoire de carte… qui est un des plus bel atout de notre conjuration.

Ma dernière invitation, peu avant l’assemblée, fut pour le bosco. Lequel me tient encore rancune de la façon dont je pointais tantôt, son manque de discernement concernant les évènements du bord. La pique semble avoir fait mouche plus que je ne l’espérais.

Nous nous sommes donc adressés à chacune des bordées, Ange, Cazauban, Églantine, N’Serengi ou moi-même prenant la parole. La perspective d’une fortune à la clef a emporté l’adhésion des hommes. Sur l’idée d’Ange, nous avons dressé un rôle des conjurés en forme de cercle. Le lendemain, nous étions presque deux-cent cinquante ! Le plan a circulé : l’assaut été prévu pour le lendemain, à la cloche donnant la fin du souper.

Malgré les précautions prises concernant Combu, lequel faisoit l’objet d’une pression ferme et constante pour son silence, nos projets ont fatalement éveillé la méfiance de Sailly.

La garde a été resserrée, les canons de muraille retirés. Nous avons gardé notre plan en l’état. Cazaubanet moi devions saisir Saillypeu avant que la cloche ne tinte. Mais il s’estoit déjà mis à l’abris dans les quartiers des soldats, avec quelques autres officiers. Nous nous contentâmes donc de mettre nos commensaux aux arrêt, ainsi fut fait pour Jarnac et “La Crevette”, et Églantine à l’abris.

L’explosion sur la dunette nous indiquait le début de l’assaut contre les gardes. Il fut bref, tant les soldats furent submergés par la marée humaine. Ils furent proprement étrillés dans les fumées de la grenade et d’une courte mousquetade. Pendant qu’Ange et quelques autres confinaient le reste des gardes en leurs quartiers.

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Livre de raison de la famille de Vercourt. Transformé en livre de bord par Francis.

Livre de raison de la famille de Vercourt. Transformé en livre de bord par Francis.
Pour ce qui a trait à la mutinerie, les prénoms laissent place à des initiales, voire des symboles (auréole pour Ange, fleur pour Églantine, etc.) L’écriture en est tassée (pour gain de place). De Vercourt cache scrupuleusement ce carnet qu’il tient le plus discrètement possible.

Vingt-neuf mai de l’an mil sept-cent dix-huit

Le vice-amiral d’Estrées a nommé Monsieur de Sailly capitaine de l’Espadon. Icelui m’a démis de mon poste de troisiesme enseigne, au profit de Jehan Dubout me nommant maistre canonnier. Il a fait cela, je le crois, pour ce qu’il m’a reconnu comme calviniste. J’ai gardé coutume de porter au col la croix de feu Monsieur de Vercourt. De plus, les circonstances de mon engagement sur l’Espadon ne m’ont point laisser le loisir, ni les moyens, d’acquérir l’uniforme de ma charge. Ma vesture sombre aura froissé le capitaine, dès lors convaincu que j’estois mauvais chrestien. Je n’ai pas souhaité l’affronter sur ce sujet, craignant trop d’estre débarqué. J’ai donc pris mes nouveaux quartiers près d’un chef de pièce de ma connaissance : Ange.

Trente mai

Départ de Brest ce jour, après un discours peu amène du capitaine. Son commandement s’annonce fort différent de celui de Monsieur de Clichy.

Deux juin

La nourriture à bord est infecte. Je doute que la table des officiers partage notre ordinaire : les provisions gastées sont notre privilège. J’ai esté affecté à la bordée tribord, avec pour matelot un nommé Gérard Colin, chef de pièce.
Monsieur de Cazauban, canonnier, m’a convaincu de la nécessité d’une manœuvre pour mettre en pratique ma théorie. L’exercice de cannonade, que nous avons conduit hier, m’a laissé plus mort que vif, assourdi par le tonnerre des pièces, asphyxié par la fumée, les poumons en feu après d’interminables aller-retours pour crier mes ordres et stimuler mes hommes.
Ce jour, la Dame Jeanne, la flute que nous escortons, a demandé à transférer quelqu’un à nostre bord. Il s’agit, par bonheur, d’une exquise jeune personne. Mademoiselle Gauthier, qui voyage avec son père, a obtenu de Monsieur de Sailly de monter seule à notre bord et d’y avoir ses quartiers. Icelui, en sus d’accepter, a cru m’affecter en me nommant auprès de la demoiselle pour son service. Je suis bien décidé à ne point céder à ses provocations.

Trois juin
Hier soir, deux matelots, Prigent & Bichon ont été mis aux fers pour avoir méhaigné le cambusier. Ils avoient déjà brutalisé le coq. J’ai essayé de convaincre Mlle G. d’intercéder en leur faveur auprès de Monsieur de S. Tant la peine qu’il leur réservait me semblait sans rapport avec la gravité des faits.
Ce matin, ils n’en ont pas moins reçu 24 coups de chat à neuf queues. P. est entre la vie et la mort.

Vingt-deux juin
Nous croisons au large des isles Canaries sans faire escale. Le quartier-maître Gwen Lossec a esté débouté dans sa requête d’y faire du biscuit.
Bien qu’elle entretienne en moi le douloureux souvenir de Mlle ma soeur, la compagnie d’E. m’est fort plaisante. Sa conversation et sa mise sont toujours charmantes, et je crois ressentir à son endroit quelque sentiment fraternel.

Vingt-sept juin
L’Espadon a traversé un grain. Mort tragique de Thierry Gentil, mousse, d’une chute vertigineuse sur le pont. Deux hommes ont été condamnés à mort par pendaison pour ce qu’ils ont accusé le capitaine d’estre responsable de l’accident.

Trente juin
Cazauban craint que le délabrement physique et l’amenuisement de l’équipage ne nous cause préjudice. J’ai réussi à prendre une gargousse et trois pistolets avec l’aide opportune d’A. Ce faisant, E. s’en procurait un quatrième dans la cabine de S.
N. et B. se sont procuré du rhum dans la cambuse, avec pour projet de parler aux hommes.
Ce soir là, avons récité morceaux choisis de Monsieur Molière à la table des officiers, à laquelle je suis de nouveau admis depuis qu’Églantine a gagné nostre bord.
Je me doutais qu’E. estoit une personne complexe, plus fantasque et aventureuse que je ne l’eus cru de prime abord. E. m’a avoué estre en possession d’une moitié de carte très prometteuse.

Deux juillet
G, S-M & E. sont des nostres.
J. & L-T sont incertains, voire sourds & aveugle à ce qui se trame.
A. estime que près de trente hommes, dont le tiers à babord, inclineroient à la révolte. L’on peut compter sur N & X je crois.
Avons confiné un homme soupçonné de traitrise par A. chez S-M. Ai vainement perdu un pistolet en essayant de faire d’une pierre deux coups auprès d’un sergent et de J.
Je peine à obtenir la clef des quartiers militaires que portent les sergents. E. réussira peut-estre aussi bien qu’avec le pistolet.

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